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Je suis assis sur le sol d’une pièce de huit mètres carrés, mi-vinyle, mi-béton. Face à moi se trouvent cinq jeunes gens aux yeux rêveurs qui vivent dans ce lieu insolite. 

Rama, Dima, Suzzane, Ahmad et Ali ont perdu leurs parents il y a huit ans. En 2013, Ali, son frère et ses sœurs ont fui la Syrie pieds nus et traversé les montagnes aux côtés d’autres membres de leur famille, pour s’installer dans un camp informel à Arsal, au nord du Liban. Depuis lors, ils vivent avec leur tante Soaad entre quatre murs de béton, avec un toit de zinc au-dessus de la tête. 

De gauche à droite : Soaad, Rama (10 ans), Dima (14 ans), Suzzane (12 ans), Ahmad (15 ans) et Ali (16 ans) ; la fratrie est assise en compagnie de sa tante sur le sol de leur abri, qu’ils ont dû démolir en partie. 

 

Arsal, l’un des plus grands villages du Liban, abrite quelque 30 000 réfugiés syriens installés dans plus de 160 campements de fortune. En avril 2019, il a été décidé que les abris semi-permanents au sein des camps informels d’Arsal devaient disparaître. Des milliers de familles ont alors eu un délai d’un mois pour démanteler leur maison. Elles étaient autorisées à conserver une enceinte en parpaing d’un mètre de haut pour se protéger des inondations et des importantes chutes de neige en hiver. 

Medair, qui intervient au Liban en réponse à la crise syrienne et agit en qualité de co-responsable du groupe de travail sur le logement dans la vallée de la Bekaa, a commencé à venir en aide aux familles d’Arsal aux côtés d’autres acteurs humanitaires. Notre équipe de réponse d’urgence a évalué des centaines de structures et distribué plus de 500 kits d’abri, fournis par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et par le Fonds humanitaire du Liban, aux familles ayant vu leur maison réduite à presque rien, comme celle d’Ali. 

« C’était un moment difficile à vivre. Nous avons vidé la maison, puis notre oncle a enlevé le toit et détruit les murs avec une masse. Avec mon frère, nous avons déblayé les décombres », se souvient Ali en regardant par la fenêtre. « Nous avons couché là dehors, sur la colline, à côté des chèvres, pendant six nuits. Je n’arrivais pas à dormir. Les chiens des alentours aboyaient sans arrêt et le soleil nous réveillait dès 6 h. Vous imaginez ? » 

Ali

 

Vue depuis la fenêtre mentionnée par Ali dans son récit.

 

Sa question nous plonge tous dans le silence durant quelques minutes, jusqu’à ce que Soaad soupire : « Merci, mon Dieu », tandis qu’une larme roule sur son abaya. « Au-delà de la chaleur et de la sécurité, ces murs nous offraient une certaine intimité », dit-elle en regardant les jeunes filles. « L’hiver sera bientôt là, et il est très rigoureux ici. L’an dernier, nous sommes restés bloqués par la neige pendant plusieurs jours. » 

Comme celle d’Ali, des centaines de familles ont encore besoin de notre aide malgré leur résilience. Divers défis attendent les réfugiés syriens d’Arsal. Aussi le secteur national du logement prévoit-il un soutien supplémentaire visant à garantir leur sécurité au cours des mois à venir. 

Avant de partir, je ne peux m’empêcher de demander à Ali, ainsi qu’à son frère et à ses sœurs, ce qu’ils rêvent de faire plus tard. Leurs réponses m’émeuvent : Rama veut devenir tailleur. Suzzane veut simplement s’amuser. Dima veut devenir coach sportif. Ahmad rêve de devenir mécanicien. Et pour finir, Ali veut s’occuper de son frère et de ses sœurs, subvenir à leurs besoins et approfondir ses connaissances sur les ordinateurs, les téléphones et la technologie. 

Malgré les difficultés rencontrées par ces enfants, leur abri leur apporte heureusement une protection suffisante pour préserver leurs espoirs et leurs rêves pleins d’innocence. 

Ahmad, le frère d’Ali, près de leur tente à Arsal

 

* Les noms ont été modifiés.