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Il y a de cela 22 ans, je me suis rendu au Soudan, une terre ravagée par la guerre et la famine. J’accomplissais ma toute première mission humanitaire et j’ai ainsi trouvé ma vocation. Au fil du temps, j’ai participé à de nombreuses interventions d’urgence à travers le monde, notamment après le passage du tsunami en Asie ou encore durant la crise syrienne au Moyen-Orient.

S’il y a bien une leçon que j’ai retenue après plus de deux décennies dans ce domaine, c’est que, quelle que soit la crise, les efforts entrepris ne sont réellement efficaces que lorsque les individus dans le besoin sont placésau cœur de l’action humanitaire.

Quels sont les obstacles à surmonter pour y parvenir ?

Privilégier les individus peut sembler simple et logique en théorie, mais mon expérience m’a prouvé le contraire. En effet, en temps de crise, il convient d’agir dans l’urgence et la pression est donc énorme. À cela s’ajoutent régulièrement des problèmes de financement. Lorsque le temps et l’argent viennent à manquer, adopter une approche personnalisée n’est pas chose aisée.

Le nombre de personnes dans le besoin a énormément augmenté ces dernières années. Le secteur humanitaire a dû évoluer en fonction et le risque de le voir se transformer en « industrie » s’est accru. Je crains fort que le financement et les projets passent au premier plan, au détriment des personnes que nous sommes censés aider.

Pourtant, l’essence de l’aide humanitaire, ce sont les personnes, et non l’argent, les centres de santé, l’eau, les services sanitaires ou les abris. C’est pourquoi j’estime que nous, acteurs de l’aide humanitaire, devons effectuer un retour aux fondamentaux et nous assurer que les personnes dans le besoin, notre raison d’être, sont au cœur de nos interventions.

Voici cinq clés pour y parvenir :

Mohammad, pharmacien chez Medair, en pleine discussion avec Waded, un homme de 79 ans qui a fui le conflit en Irak avec sa femme.

1. Préserver la dignité de chacun

Placer les personnes au cœur de l’action humanitaire ne signifie pas uniquement fournir des biens, des ressources et des compétences. La dignité est l’élément central de cette démarche. Nous devons la respecter en adaptant notre programme aux besoins des individus, même s’ils sont nombreux, et en les rendant acteurs de l’aide humanitaire.

Les programmes de transferts monétaires, à visée multiple, en sont l’exemple parfait. Ils permettent aux familles de payer leur loyer, leur nourriture ou leurs soins et de subvenir à leurs besoins les plus urgents dans la dignité. Ces dernières restent maîtres de leurs choix : elles ne dépendent pas des décisions d’autrui.

Sabta, veuve et mère de cinq enfants, a bénéficié d’une aide financière. Elle est ici aux côtés de son fils dans sa maison de Mafraq, en Jordanie.

2. Miser sur la qualité et la responsabilité

La qualité et la responsabilité sont des notions à ne pas négliger. Nous devons en permanence demander l’avis des intéressés sur nos services, répondre aux critiques et continuer à investir dans des méthodes innovantes visant à mieux soutenir nos bénéficiaires. Nous devons être à l’écoute des communautés et les inclure dans nos processus décisionnels ainsi que dans la conception, la mise en place et la surveillance de nos projets.

L’année dernière, j’ai pu observer mes collaborateurs et notre partenaire local CDS dans le cadre du projet de reconstruction faisant suite au tremblement de terre qui a frappé le Népal. J’ai été ravi de les voir travailler main dans la main avec les communautés juste avant le lancement du projet, ce qui les a conduits à adapter une pratique traditionnelle d’échange des compétences (l’armah parmah) au domaine de la reconstruction. C’est un magnifique exemple de réussite post-catastrophe : les communautés se sont senties valorisées, leurs traditions ont été respectées et les résultats de leur collaboration ont dépassé toutes les attentes.

Wendy, membre de l’équipe Medair, en pleine discussion avec Gram Bahadur Tamang juste devant sa nouvelle maison conforme aux normes parasismiques, au Népal.

3. N’oublier personne, même les plus isolés

Nous devons soutenir sans distinction toutes les personnes dans le besoin, où qu’elles soient. Dans le Rapport sur les catastrophes dans le monde 2018, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge demande à la communauté internationale de ne laisser personne de côté dans le cadre de l’action humanitaire, même les personnes les plus difficiles à atteindre. En temps de crise, les plus vulnérables sont souvent les plus isolés, ce qui ne doit pas nous empêcher de leur tendre la main. Notre action n’est pas dictée par les obstacles qui pourraient se dresser sur notre chemin : elle doit répondre aux besoins des populations.

Au Soudan du Sud, les équipes de Medair doivent souvent traverser des marécages, à pied ou en pirogue, pendant plusieurs heures pour secourir les communautés isolées.

4. Ne pas perdre de vue l’aspect « humain » de notre action

Notre action va bien au-delà du soutien matériel offert aux personnes dans le besoin. Nous devons prendre le temps de les écouter, de les réconforter, de rire et de pleurer avec elles et surtout, de tirer profit de ce qu’elles peuvent nous apprendre. Observer dernièrement mes collaborateurs intervenant auprès des réfugiés rohingya au Bangladesh m’a profondément ému, mais j’ai été particulièrement touché par les nombreux témoignages que j’ai reçus : « Merci d’être venu jusqu’ici et de nous avoir écoutés ». Nous devons absolument leur montrer que nous sommes là pour eux, que leurs vies et leur histoire ont un sens et que nous accordons de la valeur à leurs opinions.

L’un des membres de l’équipe Medair décrit merveilleusement notre démarche :

« Il y a une réelle différence entre larguer une cargaison de couvertures depuis un avion et être sur le terrain, voir la détresse dans les yeux de toutes ces personnes en leur donnant ces mêmes couvertures. Notre travail est différent des autres, car nous touchons l’âme des personnes, nous les acceptons telles qu’elles sont et nous leur accordons de la valeur.

Il est tout à fait possible de travailler dans le secteur humanitaire sans accorder de la valeur aux personnes. Certains en ont une vision très pragmatique, y trouvent diverses motivations ou considèrent les différentes communautés comme un moyen d’atteindre leurs propres objectifs. Mais il est également possible de les percevoir comme étant de véritables créations de Dieu. Si j’étais à la place de toutes ces personnes, je sais pertinemment à qui je souhaiterais m’adresser. C’est une démarche difficile à évaluer et à mettre en place. Mais lorsque l’on y arrive, c’est quelque chose de profondément merveilleux. »

Marion, cinq ans, a vaincu le virus Ebola dans le centre de traitement de Medair à la Sierra Leone (2015). Elle est ici en train de jouer en compagnie de Christiana, membre de l’équipe de soutien psychologique de Medair. © Medair/Michael Duff

5. Transmettre les témoignages des communautés

Notre action va bien au-delà du soutien direct apporté aux personnes dans le besoin : notre façon de communiquer en fait également partie intégrante. Réduire le quotidien de nos bénéficiaires à des images de pauvreté et de détresse peut susciter de l’empathie, mais cela leur ôte toute dignité. Lorsque nous communiquons, nous devons leur donner une tribune pour transmettre leurs témoignages. Nous ne devons pas nous contenter de montrer les conditions désastreuses dans lesquelles vivent ces personnes. Elles représentent bien plus que cela. Elles font preuve d’une force et d’un courage exemplaires, elles ont des aspirations et des rêves à partager. Nos communications doivent refléter de façon responsable leur quotidien et se faire l’écho de leur voix. C’est l’essence même d’une démarche plaçant les personnes au cœur de l’action humanitaire.

Notre seule et unique préoccupation

« L’industrie humanitaire » est souvent synonyme de financement, de budget, de bureaux, de lignes de ravitaillement ou encore de volume de travail, mais l’aide humanitaire ne se résume pas à quelques indicateurs et objectifs mensuels à atteindre. Notre mission ne sera jamais facile. Elle requiert une ouverture d’esprit, une envie constante d’améliorer la qualité de nos services, une certaine vulnérabilité et de l’honnêteté, ainsi qu’une patience à toute épreuve afin d’être à l’écoute des communautés et de comprendre leur situation. En tant qu’acteur de l’aide humanitaire, notre seule et unique préoccupation doit rester la vie des personnes dans le besoin. Nous devons préserver leur dignité et leur fournir tout le soutien nécessaire à leur reconstruction, dans un contexte plus que difficile. Telle est ma mission depuis le jour où j’ai posé le pied sur le tarmac, au Soudan. Mon engagement n’a jamais failli en 22 ans.

L’équipe de Medair examine Angara Kiir dans un centre antipaludique au Soudan du Sud. © Medair/Albert Gonzalez Farran